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L’allumage de feu au silex remonte à la nuit des temps. L’homme a d’abord tiré parti de minéraux ferreux tels que la pyrite ou la marcassite avant de maîtriser le travail du métal. L’invention de l’acier (alliage de fer et de carbone) a permis la confection de briquets (surnommés briquets médiévaux) produisant de meilleures étincelles et simplifiant l’action d’allumage. Ceux-ci sont en effet percutés contre une arête tranchante de silex (ou d’autres roches suffisamment résistantes) afin d’embraser un amadou. Ce dernier va fournir une braise qui sera transformée en flammes dans un nid fibreux par exemple.

Découverte de la forge

En visite chez le forgeron Paulo Simoes, nous avons pu assister à la naissance d’un briquet à silex forgé. Partant d’une chute de métal, on aboutit en quelques minutes à un objet joliment travaillé et fonctionnel.

Paulo Simoes dans son élément, il travaille plusieurs pièces à la fois pour ne pas avoir à attendre durant les périodes de chauffe. ©Alban Cambe

« J’ai beaucoup échangé avec des troupes de reconstitution historique. commente Paulo. Mais désormais, je ne suis plus dans la reproduction, je préfère laisser libre court à mon imagination. Il ne faut pas perdre de vue l’usage du briquet en tant qu’outil. »

Paulo Simoes

Traditionnellement, les briquets (ce mot est issu du Hollandais bricke signifiant pierre à feu) étaient forgés à partir de vieilles limes, l’acier trempé de ces objets ayant une bonne proportion de carbone.

Le briquet médiéval permet de produire des étincelles au contact d’un morceau de silex. ©Alban Cambe

« La plupart des limes modernes sont cémentées, uniquement enrichies en carbone en surface, le métal à l’intérieur est médiocre pour réaliser des briquets ! Le seul moyen de s’en rendre compte, c’est d’échantillonner. »

Paulo Simoes

Heureusement, Paulo aime chiner et parcourir les brocantes à la recherche d’acier de qualité. « C’était mieux avant » pourrait-on dire. Au-delà des vieilles limes, il est tout à fait possible d’utiliser de l’acier type XC75.

Forger un briquet médiéval, du recyclage

C’est donc en partant d’une vieille lime que l’on débute la réalisation. Celle-ci est placée à la forge jusqu’à prendre une couleur orangée tirant sur le jaune. Paulo rappelle qu’il existe une échelle de couleur qui peut indiquer la température de chauffe à une cinquantaine de degrés près.  

Dessinant à la craie sur son enclume, Paulo nous explique le principe de formation d’un angle dans le métal. Incandescent, celui-ci doit être percuté sur l’arête de l’enclume pour étirer une lentille qui deviendra une sorte de petite queue. Le travail du métal est réalisé au sortir de la forge tant qu’il reste rougeoyant.

« Plus on tape sur le métal, plus il reste rouge longtemps ! Ça fait parti des petits défis que l’on se lance entre forgerons. »  

Paulo Simoes

Dès que le métal redescend en température, il faut le replacer à la forge. Quelques secondes de travail pour quelques minutes de chauffe s’alternent régulièrement. Peu à peu, une lentille se détache de l’extrémité de la lime. Elle doit être constamment redressée, réorientée, disciplinée durant tout l’allongement jusqu’à atteindre la taille souhaitée.

Dessin à la craie pour expliquer le détachement d’une lentille sur la lime. ©Alban Cambe

Travaillant habituellement plusieurs pièces à la fois, Paulo prend le temps entre chaque chauffe de nous expliquer le pourquoi de ses gestes. Il dessine à la craie de Briançon, qui résiste à la chaleur, sur la lime pour nous montrer où il souhaite couper l’objet. Une tranche d’enclume est mise en place, malgré son aspect de ciseau massif, il faudra frapper la lime longuement pour l’amincir puis la plier sur la zone de fragilité avant de pouvoir, enfin, décrocher la pièce qui sera le futur briquet.

Modelage du briquet, un travail en finesse

Constamment redressé et aplati, le briquet prend forme. À chaque percussion, des lèvres peuvent se former ou l’objet perd de sa planéité. Il faut ainsi maîtriser le matériau avant de procéder aux étapes suivantes. Encore rougeoyant, celui-ci se voit apposer le poinçon de l’artisan : les lettres « P.S »

On souhaite réaliser une volute torsadée. Pour cela, on commencera par vriller la queue à l’aide d’un étau et d’une pince avant de venir travailler sur la bigorne de l’enclume pour former des enroulement. Cette dernière étape, délicate fait appel à un marteau plus léger, nous montrant ainsi que le travail de forgeron sait aussi être subtil.

Finitions et mise en service

Il s’agit désormais de peaufiner l’objet et de le rendre fonctionnel. Si la forme finale est acquise, le métal doit encore subir quelques (mauvais) traitements avant de pouvoir fournir d’éblouissantes étincelles. Le premier d’entre eux est le passage au backstand : une machine sur laquelle sont montées des bandes abrasives, le tout est entraîné par des moteurs de 2CV (sic) et permet ainsi d’éroder progressivement le métal. C’est un passage obligé dans la réalisation de couteaux pour obtenir une forme précise ou pour façonner les émoutures. Le briquet médiéval doit venir racler contre une arête de silex, cette surface de contact doit ainsi être lissée, les aspérités liées au façonnage brut de forge empêcheraient d’obtenir des étincelles.

  Le passage au backstand offre au briquet une surface de percussion nette et précise. ©Alban Cambe

La dernière étape, peut être la plus importante, arrive. Le briquet est remis en chauffe, Paulo prépare une écuelle d’eau tiède. Le but de la manœuvre est d’offrir un tranchant solide au silex, la trempe va permettre de rigidifier l’acier sur la surface de frappe. On parle de trempe sélective puisque, ici, seule la partie percussive du briquet va être placée dans l’eau afin que le reste de l’objet conserve des propriétés de résilience.

« Si l’on trempait tout le briquet, il deviendrait cassant au niveau de la volute. »

Paulo Simoes
 Le briquet médiéval, terminé, dans la main de son créateur. On devine encore la texture de la lime sur les côté. ©Alban Cambe

Finalement, l’objet est légèrement poli, il conservera son aspect « brut de forge ». Immédiatement testé dans l’atelier, il remplira sa fonction avec brio lors des sorties bivouac et Bushcraft. On remarquera sur les côtés une texture en croisillons, adoucie par le travail du marteau, témoignage de l’objet de départ.

Un briquet prêt à allumer le feu

« Je fais des briquets un peu épais, les gens préfèrent quand l’objet est massif. Alors qu’en fait, la surface qui s’use à chaque fois est limitée. Ce qui compte, c’est plutôt la profondeur. »

Paulo Simoes

Les briquets d’acier se retrouvent dans la culture Européenne depuis l’antiquité. On peut en lire une mention dans l’oeuvre de Victor Hugo, « Les Misérables » lorsque Jean Valjean ramène la petite Cosette dans la maison Gorbeau ou dans la chanson « Au clair de la Lune » : « Va chez la voisine, Je crois qu’elle y est, Car dans sa cuisine, On bat le briquet.»

Ces objets ont ainsi démontré leur valeur durant une période de plus de 2000 ans. Ils seront cependant rapidement détrônés par les allumettes suédoises, plus pratiques, permettant l’obtention directe d’une flamme, qui s’imposeront en 1890 en France. Les abonnés à la newsletter ont d’ailleurs accès à une vidéo exclusive détaillant l’utilisation de ces objets.

Test immédiat à l’atelier avec un éclat de silex. ©Alban Cambe

La forge d’un briquet médiéval en vidéo

Paulo Simoes est forgeron, il transmet sa passion au-travers de stages dans la forge du Menez-Hom en Bretagne. Vous pouvez le retrouver sur les réseaux sociaux et sur son site : simoespaulo.com et vous pouvez découvrir l’interview que j’ai réalisée de lui en vous rendant ici.



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