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C’est une question qui revient chaque année comme un marronnier dans la presse. Outre le mauvais jeu de mots, il s’agit d’un véritable problème qui fait bien rire les habitués de la nature mais empoisonne (parfois littéralement) les citadins : Quelle est la différence entre les châtaignes et les marrons ? Comment les reconnaître ? Comment les différencier ? L’une est comestible, l’autre est toxique…

Plus qu’un simple problème de botanique, un véritable sac de nœud et d’abus de langage… Un peu comme le plantain et la banane plantain !

Châtaigne et marron sont deux fruits totalement différents. Savez-vous les reconnaître ?

Tout d’abord, sur le plan rigoureusement botanique, commençons par préciser que nous parlons bien de deux espèces d’arbres totalement différents :

  • Le châtaignier (Castanea sativa) fait partie de la famille des Fagacées (dont les représentants sont également les chênes et les hêtres). Le nom scientifique est limpide pour qui sait la langue de Néron, on retrouve dont « Castanea » dérivé du Grec Kastanea qui signifie Châtaigne et « sativa » qui signifie cultivé. C’est donc que cet arbre présente un avantage pour l’homme.
  • Le marronnier commun (Aesculus hippocastanum) fait partie de la famille des Hippocastanacées (on notera le préfixe latin « Hippos » pour cheval et le mot « Castanea » pour… châtaigne !). On l’a même surnommé « Châtaignier des chevaux », c’est dire la confusion…

Deux arbres bien différents…

On notera que la confusion linguistique est encore plus prononcée chez nos voisins anglo-saxons, la châtaigne étant désignée sous le nom de « Sweet chestnut » (châtaigne douce / sucrée) et le marron sous le nom de « Horse chestnut » (châtaigne des chevaux)…

À partir du mois d’octobre, on peut ramasser des châtaignes en quantité dans les bois. Il suffit de savoir les reconnaître.

Gardez donc à l’esprit que nous étudions deux arbres TOTALEMENT DIFFÉRENTS, ils n’appartiennent pas à la même famille et si l’on doit noter par la suite des ressemblances, ce ne sont que des analogies (structures similaires s’étant développées au cours de l’évolution chez deux groupes d’êtres vivants de façon totalement indépendantes, ces structures présentent des avantages pour la survie des dits êtres vivants). En gros, si l’on note la présence de bogue chez les deux arbres, ce n’est que parce qu’ils ont adopté la même stratégie de défense de leurs graines, pas parce qu’ils seraient liés l’un à l’autre sur le plan génétique. Fin de la parenthèse Darwiniste.

Pourquoi diable différencier ces deux arbres tout d’abord ? Pour faire simple : l’un produit des graines comestibles et délicieuses ; les semences de l’autre sont riches en saponines irritantes pour le tractus digestif des Mammifères (et en particulier pour l’homme). Le soucis, c’est que pour les novices, les fruits de ces deux arbres se ressemblent énormément, tâchons de les différencier.

I – Différencier les arbres : Châtaignier ou Marronnier ?

Les fruits poussent sur des arbres, en identifiant correctement ces derniers, on s’assurera d’une récolte fructueuse puisqu’ils sont visibles de loin tels des drapeaux signalant un gisement.

A – Le châtaignier :

Présent naturellement autour de la méditerranée, il a été introduit dans le Nord-Ouest de l’Europe par les romains qui y voyaient un moyen de ravitailler facilement les troupes à l’automne. Il pousse en forêt préférant les sols acides, on les rencontre principalement en lisière car il préfère une bonne exposition au soleil voire une demi-ombre. L’écorce des individus âgés (les plus productifs) est brune semblant être constituée de lanières ayant une tendance à l’enroulement. On notera que cette rotation de la couche superficielle de l’écorce depuis la base de l’arbre jusqu’à sa cime se fait selon le sens des aiguilles d’une montre, on parle d’enroulement lévogyre.

Les feuilles sont simples, de forme elliptique, pointues et dentées. D’aspect luisant sur le dessus, les nervures sont marquées à la face inférieure. Elles peuvent atteindre une vingtaine de centimètres.

Durant l’été, les fleurs apparaissent et sont regroupées sur des espèces de longs chatons jaunâtres (c’est un bon moyen de repérer les châtaigniers qui dépassent de la canopée).

B – Le marronnier :

Si l’on peut en trouver en forêt (lorsqu’un humain ou un animal a transporté une graine), il pousse principalement le long des avenues et dans les parcs, signe de son implantation par la main de l’homme en tant qu’arbre d’ornement.

L’écorce est également brune tirant sur le marron et se fissure dans le sens de la longueur. Comme pour mieux marquer la différence avec le châtaignier, les marronniers présentent souvent un enroulement dextrogyre (vers la droite) quoique ce critère ne soit pas omniprésent chez tous les individus.

Les feuilles sont composées palmées, on compte 5 ou 7 folioles en forme de goutte d’eau avec une pointe marquée. Le pétiole est long.

Les fleurs apparaissent au printemps et sont rassemblées en pyramides, leur couleur varie du blanc au rose.

II – Identifier les fruits : châtaigne VS marron

Voici la partie qui nous intéresse le plus. S’il peut être délicat de différencier au premier abord les marrons des châtaignes, il y a quelques points très simples pour écarter tout risque de confusion.

A – Les châtaignes :

Elles sont disposées dans des bogues aux piquants longs et fins (quelques centimètres) qui se fendent à maturité sans éclater. La plupart du temps, chaque bogue renferme plusieurs châtaignes sauf chez les variétés cultivées où la graine est dite « non cloisonnée », elle est seule dans son armure végétale et atteint donc une taille plus importante que les variétés sauvages.

Un point caractéristique est la présence d’une petite touffe de « poils » au sommet de la châtaigne et que l’on nomme « torche ».

Une bogue à pointes longues et des châtaignes possédant une torche.

B – Les marrons :

Ils sont généralement seuls dans leur bogue, cette dernière est coriace, éclate en plusieurs morceaux lors de la chute. Leurs piquants sont discrets en pointe conique atteignant difficilement plus d’un ou deux centimètres. Le marron ne présente pas de torche et a une forme subsphérique assez régulière.

Bogue éclatant en plusieurs morceaux, à piquants discrets et marron sub-sphérique sans touffe de poils.

III – Utilisations

Comme toute plante inféodée à son milieu, Châtaignier et Marronnier ont des propriétés exploitables et entraient dans la pharmacopée traditionnelle depuis la nuit des temps.

A – Châtaignier :

Les châtaignes sont délicieuses grillées au feu de bois, il faut penser à les inciser sur leur longueur pour éviter qu’elles n’éclatent. On peut également les faire longuement bouillir dans de l’eau abondamment salée avec un soupçon d’huile d’olive qui facilitera l’épluchage. La farine de châtaigne (en mélange parfois avec la farine de gland) a permis la confection de pains durant les périodes de famine mais se retrouve aujourd’hui sur les étalages des magasins bio.

Les feuilles de châtaignier semblent avoir des propriétés légèrement sédatives en infusion permettant de réguler le tractus digestif (lutte contre la diarrhée), soulageant les douleurs musculaires et les rhumatismes mais présentant une action ciblée sur le système respiratoire (atténuant les quintes de toux en infusion et les maux de gorge en gargarisme).

Bouillie à l’eau très salée, la châtaigne est tendre et fondante.

B – Marronnier :

Toxiques mais utiles, les feuilles et a fortiori, les marrons sont riches en saponines, une sorte de savon naturel avec lequel on peut se laver les mains sous l’eau. Comme les feuilles de bouleau, ces saponines laissent une odeur agréable et une sensation de douceur sur la peau. Ses principales utilisations médicinales impliquent une action sur le système circulatoire, il entre donc dans la lutte contre les phlébites, les varices et les hémorroïdes.

IV – Abus de langage et commercialisation douteuse

Si le marron est considéré comme toxique pour l’homme, pourquoi en consomme-t-on ?

Répétons-le, le marron est toxique à cause des substances qu’il contient (irritantes et anticoagulantes). Les cas mortels chez les humains sont peu documentés mais semblent impliquer une consommation régulière et/ou en grande quantité. En revanche, la mort de chevaux, de chiens et de ruminants a entraîné la méfiance des ruraux pour cet arbres que l’on ne trouvera presque jamais aux abords des fermes.

Dans la crème de marron, il y a… des châtaignes !

Si des délices comme les « marrons glacés » et autres « crème de marron » sont disponibles dans le commerce, c’est avant tout par abus de langage et par ignorance crasse. Les variétés cultivées de Castanea sativa (châtaigniers) ont été soumise à la sélection agricole sur des centaines voire des milliers d’années. Le castanéïculteur reproduira ainsi préférentiellement l’arbre qui a donné le meilleur rendement et/ou les châtaignes les plus volumineuses. On aboutit ainsi, de nos jours, à des graines non cloisonnées dans leurs bogues et donc sub-sphériques.

La taille et la forme de ces denrées rappelant alors l’aspect des marrons issus du marronnier par contraste avec l’aspect des châtaignes sauvages ont entrainé un abus de langage malheureux. C’en est à un tel point que même les industriels s’y perdent ! Allez jeter un œil aux ingrédients de vos marrons glacés et de vos crèmes de marron, vous y trouverez principalement… de la châtaigne !

Parfois cependant, on note également la présence de… marrons (glacés). Après le sucre, l’aspartame, le cholestérol, le sel nitrité, on voudrait nous empoisonner avec du marronnier ? Que nenni, il s’agit encore et toujours de la châtaigne comestible mais visiblement le serpent se mord la queue dans ce domaine…

Dans les marrons glacés, on met des ingrédients toxiques comme le sirop de glucose-fructose et… des marrons. À moins que ça ne soit des châtaignes ?

Que dire enfin des vendeurs de marrons grillés qui sévissent aux alentours des fêtes de Noël ? Toujours la même chose, si ça se mange, c’est de la châtaigne. Encore que, les Franciliens ont l’habitude de voir des vendeurs à la sauvette près des bouches de métro qui font griller leur marchandise dans des caddies usés jusqu’aux roulements. Au-delà de l’aspect antihygiénique, on peut mettre en doute le sérieux de leurs « fournisseurs », méfiez-vous si la-dite installation se situe à proximité d’un parc public orné de marronniers et si l’envie (et le courage) vous prend d’y goûter, assurez-vous de la présence d’une torche de poils sur les « marrons » qui en sont peut-être véritablement !

Conclusion :

Cela semble si facile et si bucolique de ramasser des châtaignes en automne. Pourtant, la langue et la méconnaissance des ressources naturelles peut encore jouer des tours. Dans les grandes villes, il n’est pas rare d’assister à ce spectacle à la fois risible et pitoyable de la famille bobo du centre qui part en balade au parc avec les enfants un dimanche après-midi, le sac plastique dégueulant de marrons véritables. En voilà quelques-uns qui risquent de finir leur week-end au petit coin !

En vidéo : différencier Châtaignier et Marronnier



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