Le polypode est une fougère très courante le long des chemins forestiers sur sol acide. Colonisant les talus et vieux murs, il peut être invité en cuisine avec des recettes simples et recèle des vertus médicinales intéressantes en prévision de l’hiver. Voici comment l’identifier et l’utiliser facilement.



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Ses frondes divisées s’extirpent des vieux murs et des anfractuosités rocheuses, colorent d’un vert profond la roche sombre ou les troncs lorsqu’elle s’installe en épiphyte. Le Polypode est une fougère identifiable grâce à ses frondes (feuilles) présentant un limbe segmenté, qui s’étend par franges à bords lisses de chaque côté du rachis (cette espèce de nervure centrale). Il tire son nom de l’impression qu’il donne : on croirait voir plusieurs exemplaires pousser çà-et-là hors de terre.

Le polypode, une fougère facile à identifier.

Sur ce vieux mur envahi par la végétation, d’innombrables frondes de polypode. ©Alban Cambe

Il n’en est rien car, dans le substrat, se développe un rhizome (une tige souterraine) qui croît lentement et qui produit de temps à autre une fronde. Celle-ci grandit alors et s’élève au-dessus du sol grâce à son pétiole bien marqué et est toujours colorée d’un vert plutôt foncé. La face supérieure est discrètement luisante tandis que la face inférieure accueille de nombreux sores (amas de sporanges) répartis de façon presque ordonnée.

La fronde du polypode se reconnaît à son limbe segmenté (il n’y a pas de subdivisions comme chez la fougère aigle) de par et d’autre du rachis central. ©Alban Cambe
La fronde de la fougère mâle (Dryopteris filix-mas) présente des divisions primaires et secondaires du limbe contrairement au polypode. ©Alban Cambe

Généralement de couleur orangée à maturité, ces sporanges relargueront des spores permettant à la fougère de se reproduire indirectement dans le milieu environnant. Indirectement car le spore ne forme qu’un prothalle, une sorte de plante miniature possédant des organes mâles et des organes femelles et qui, suite à la reproduction sexuée, donneront de nouveaux polypodes.

Les sores sont des amas de sporanges (ici jaunes) à la face inférieure de la fronde. ©Alban Cambe

Le Polypode commun (Polypodium vulgare) est difficile, hors compétences botaniques, à distinguer des espèces proches (Polypodium cambricum, Polypodium interjectum, Polypodium glycyrrhiza – ce dernier est originaire d’Amérique du Nord – et autres…) mais presque toutes partagent les mêmes vertus médicinales et gustatives.

Le rhizome est une tige souterrain d’où partent les frondes et les racines. ©Alban Cambe

Le rhizome (tige souterraine) du Polypode rampe dans le substrat et se montre couvert d’écailles rousses, il s’en dégage de nombreuses racines très fines. Une fois gratté, le rhizome découvre une chair d’un vert vif, très clair. Mâchonnée avec douceur, cette tige souterraine délivre une amertume marquée mais également un léger goût sucré rappelant la réglisse et qui lui a valu ses surnoms : réglisse du pauvre, réglisse des bois… Notons qu’une espèce de Polypode (Polypodium glycyrrhiza) originaire d’Amérique du Nord, est appelée « Polypode réglisse » en raison de sa saveur sans équivoque.

Utiliser le polypode : gastronomie et vertus médicinales.

Utilisé pour parfumer certaines confiseries telles que les guimauves et nougats, le polypode semble absent de la gastronomie traditionnelle. Son rhizome tronçonné et cuit dans le beurre salé (sans coloration) semble être la façon la plus simple de l’accommoder et le chef Marc Veyrat, célèbre pour son utilisation des plantes sauvages, a mis au point une sauce verte à l’oxalis et au polypode dont la recette ne nous est, hélas, pas parvenue pour le moment.

Le rhizome du polypode est couvert d’écailles rousses qu’il faut éliminer avant consommation. ©Alban Cambe

Du côté médicinal, il semble avoir été utilisé depuis des milliers d’années pour lutter contre les affections pulmonaires (maux de gorge et toux comme pour le plantain, une autre plante médicinale à découvrir ici) ou digestives (effet laxatif en particulier). Pour ce faire, le rhizome est ramassé durant le mois de septembre, gratté pour éliminer l’ensemble des écailles et racines puis mis à sécher. Dans les campagnes bretonnes, il a été donné, séché, à mâchonner aux enfants en vue de les endormir car il possèderait également des vertus apaisantes.

Un petit morceau de rhizome à partager et à mâchouiller pendant une randonnée. ©Alban Cambe

Et si je ne reconnais pas le polypode ?

On notera qu’au niveau des risques de confusion, il y a bien sûr le fait probable de le confondre avec une autre fougère. Les rhizomes de certaines d’entre elles (comme Dryopteris filix-mas ou « fougère mâle » ) ont été utilisés par le passé pour confectionner de puissants vermifuges et renferment donc des composés actifs qu’il faut éviter d’ingérer par mégarde. En l’absence de certitude, il est donc recommandé de ne pas essayer de consommer votre récolte comme avec toutes les plantes sauvages et champignons inconnus en se rappelant le dicton :

En cas de doute, trace ta route.

Proverbe Bushcraft

Quelle que soit l’utilisation qu’on veut lui prêter, le Polypode est pour moi une simple sucrerie, une friandise à mâchouiller durant une randonnée ou lors des travaux du camp. Ses vertus apaisantes et son goût puissant sont parfaits après un repas au feu de bois et une tisane naturelle. Une lampe au front, un livre entre les mains, un rhizome de polypode dans la bouche, la nuit peut commencer au son du vent dans les cimes et des bruits de la forêt qui vous berceront jusqu’au matin.



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