Champignon de référence en Bushcraft et survie de par son implication historique dans l’allumage du feu, l’amadouvier est un polypore fournissant l’amadou, utile pour allumer un feu.


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Se développant en forme de sabot de cheval, de teinte grise à brune. On extrait de son chapeau, une trame rappelant le velours et qui, naturellement, a la capacité de s’embraser et de se consumer lentement. S’il n’est pas l’unique champignon permettant d’obtenir une braise, il est sûrement le plus célèbre et peut être utilisé de la sorte très facilement. Il présente également des vertus médicinales et est propice à la réalisation de certains objets.

L’amadou est une substance extraite du champignon amadouvier (Fomes fomentarius) et qui s’embrase aisément grâce à aux étincelles des méthodes traditionnelles. © Alban Cambe

Par abus de langage, beaucoup de personnes utilisent le terme « amadou » pour désigner le petit bois ou les initiateurs qui permettent d’obtenir des flammes. Notons donc d’ores-et-déjà que nous nous astreignons ci-après à ne désigner par « amadou » que la substance issue du champignon amadouvier et préparée pour l’allumage de feu.

I – L’amadouvier, ce champignon d’où l’on extrait l’amadou :

L’amadouvier se présente sous forme de chapeaux gris à bruns présentant une marge de croissance blanche. La face inférieure porte une multitude de petits pores (d’où le nom de l’ordre des Polyporales auquel il appartient). Fomes fomentarius se développe principalement sur les bouleaux et les charmes, les chênes et les châtaigniers. Il est abondant dans l’hémisphère Nord. Le pied n’est pas apparent et le chapeau peut atteindre des tailles assez importantes (parfois plus de 30 centimètres), il porte des bourrelets de croissances. Chaque année, le champignon croît en ajoutant une nouvelle cerne, il faut donc de nombreuses années avant d’obtenir un chapeau de taille intéressante.

Cet imposant amadouvier fournirait une bonne quantité de trame mais nous avions des scrupules à nous attaquer à ce vénérable ancêtre. © Alban Cambe

Une coupe au-travers du chapeau laisse apparaître trois zones distinctes et embaume l’air d’une délicate odeur de cacao. Tout d’abord, une croûte coriace qu’il est parfois nécessaire de scier avec force. Au niveau de la face inférieur du chapeau, de nombreux tubes permettant la libération des spores, ceux-ci forment un tissu robuste se débitant en échardes. Au cœur, enfin, la chair (ou trame) de couleur fauve-brun qui a la consistance du liège et le toucher du velours. À la coupe, elle se désagrège en flocons cotonneux et c’est cette matière que nous rechercherons pour l’allumage du feu.

Deux amadouviers sur un arbre mort. On notera la tendance au blanchiment des individus anciens. © Alban Cambe

Peu de risques de confusions si ce n’est avec le Polypore faux-amadouvier (Phellinus igniarius) au chapeau noir et en forme de console massive. Il porte parfois une marge orangée. Pour lever la confusion, il suffit de fendre la console, la présence de trame confirmera qu’il s’agit bien d’un amadouvier.

II – L’amadou, chair de l’amadouvier, et son rôle dans l’art du feu :

L’utilisation de l’amadouvier pour l’allumage du feu a été maîtrisée depuis des millénaires comme en témoignent les archives fossiles. Ötzi, le fameux « homme des glaces » retrouvé congelé dans les Alpes, en transportait au moment de sa mort que l’on replace aux environs de 3 255 avant Jésus-Christ. Le fameux amadou est extrait du cœur du chapeau, d’une zone appelée la trame, de couleur brune tirant sur le jaune. Cette substance peut être préparée simplement sur le terrain ou plus longuement au camp afin de faciliter sa combustion. On obtient ainsi un matériau s’embrasant au contact des étincelles relativement froides des briquets à silex et pyrite.

Coupe dans l'amadouvier
Sur cette coupe on distingue nettement la cuirasse (peu épaisse), la trame d’aspect velouté et de couleur fauve puis l’épaisseur brune des tubes. © Alban Cambe

La récolte consiste donc à recueillir un chapeau suffisamment volumineux (et donc âgé), de le couper en lamelles, d’éliminer au maximum les tubes et de ne conserver que la trame. L’astuce pour obtenir de grandes lames de trame est de trancher le champignon de façon oblique, maximisant ainsi le passage de la lame dans la chair. On notera que cette coupe peut être réalisée facilement sur le terrain et que l’amadou est alors immédiatement utilisable sous réserve qu’il soit en bon état de conservation.

Cet amadouvier particulièrement dégradé est inutilisable. Sa cuirasse est craquelée et rongée par les vers. © Alban Cambe

La méthode la plus simple pour utiliser l’amadouvier sur le terrain est donc de mettre la main sur un bon exemplaire, de le découper et d’utiliser la chair qu’on trouvera en son sein. On grattera cette dernière pour former des flocons cotonneux et aérés. Cette substance est désormais très sensible à la moindre étincelle passant par là, il suffit de pouvoir en produire. Une fois embrasée, la combustion sera lente, vous laissant suffisamment de temps pour transvaser délicatement cette braise dans un nid fibreux ou de venir y plaquer une allumette soufrée dans le but de créer des flammes.

Un morceau de trame d’amadouvier non traité et raclé avec un silex pour produire une bourre floconneuse. Elle sera facilement embrasée par le briquet silex / acier. © Alban Cambe

Étonnement, cette méthode simplissime pour produire un matériau qui réagit facilement aux étincelles, est oubliée face à la préparation traditionnelle au salpêtre. Pourtant, elle demande beaucoup moins de temps et de moyens.

III – Préparer l’amadou, traitement de la chair de l’amadouvier

Contrairement à ce que l’on entend souvent, l’amadouvier peut être utilisé immédiatement in situ dès lors qu’il est sec.

Utiliser l’amadouvier sans traitement :

  • Récolter un amadouvier de taille suffisante (au minimum 10 centimètres de rayon) et intact (la cuirasse ne doit pas présenter de perforations ou de dégradation).
  • Découper une tranche de trame, couper en biais pour maximiser la trame.
  • Avec un grattoir acéré (couteau, silex…) gratter la surface de la trame.
  • Poursuivre jusqu’à obtenir un amas de matière floconneux rappelant la ouate.
  • Utiliser cet amas avec un allumeur à étincelles puissantes comme le firesteel ou le briquet silex / acier.
  • Placer la braise obtenue dans un nid fibreux et attiser les flammes ou utiliser des allumettes soufrées.
Un morceau d’amadou frais est embrasé au briquet silex et acier © Alban Cambe

Pour optimiser le potentiel de l’amadou à entrer en combustion, un traitement chimique peut lui être administré.

Traiter l’amadou pour faciliter l’allumage du feu :

  • La récolte se fera par découpe de tranches, en biais pour maximiser la trame.
  • La trame sera battue pour être attendrie avec un maillet improvisé.
  • On portera à ébullition de l’eau additionnée de salpêtre. Personnellement, j’utilise une grosse boîte de conserve dans laquelle j’immerge mes morceaux de trame et j’y ajoute deux cuillères à café rases de salpêtre.
  • Immerger la trame d’amadouvier et laisser bouillir une demi-heure.
  • Extraire l’amadou et le mettre à sécher à plat au soleil. Le battre à nouveau pour l’attendrir et l’étaler si nécessaire.

Attention au dosage du salpêtre (ou de la cendre), lors de nos premiers essais, nous avions largement surdosé et notre amadou s’est enflammé et est littéralement parti en fumée.

Marcassite, silex et amadou embrasé.
Nodule de marcassite, silex et amadou préalablement traité au salpêtre. © Alban Cambe

Pour allumer un feu, gratter la surface de l’amadou pour l’aérer et utiliser une méthode comme le briquet silex / pyrite ou silex / marcassite. Votre amadou traité ne demandera qu’à s’embraser au contact d’étincelles. Attiser ensuite les flammes dans un nid fibreux.

Note : le salpêtre peut être remplacé par de la cendre blanche fraîche tirée d’un feu de camp ou… de l’urine.

IV – Autres usages de l’amadouvier et de l’amadou

Fomes fomentarius a été longuement utilisé dans la pharmacopée traditionnelle pour ses propriétés hémostatiques permettant de couvrir des plaies et stoppant les hémorragies. Il a cependant déchaîné les passions au XVIIIème siècle au sein de la communauté scientifique : a-t-il réellement un pouvoir hémostatique ou n’agit-il que comme un pansement hydrofuge ? Par ailleurs, découvrez les vertus de l’amadouvier et d’autres champignons médicinaux dans cet article.

Cette dernière qualité le prédispose aux loisirs aquatiques et c’est ainsi que les pêcheurs à la mouche utilisent des tampons d’amadou pour sécher leurs leurres. C’est grâce à Smaranda de chez Revolution-Amadou que j’ai pu découvrir les usages pratique du champignon et son artisanat étonnant. On pourra s’étonner ainsi, principalement en Europe de l’Est, de l’usage de la trame, permettant des réalisations surprenantes comme des vêtements, des sacs ou des chapeaux. Ces derniers ont été indiqués dans la pharmacopée traditionnelle pour lutter contre les migraines soit dit en passant.

De par ses qualités hydrofuges, l’amadou est utilisé pour confectionner des tampons permettant de sécher les mouches après une partie de pêche. © Revolution Amadou

En Sibérie, il a été rapporté par certains auteurs que la trame était réduite en poudre puis mélangée à du tabac à rouler ou directement inhalée pour ses vertus stimulantes. Qui veut sniffer un bon rail d’amadou ?

Conclusion : l’amadouvier est un champignon utile mais à respecter.

Si la culture de Fomes fomentarius est relativement aisée, le facteur limitant reste le temps de croissance. Pour être utilisable, l’amadouvier doit gagner en taille durant de longues années. C’est pourquoi une récolte responsable doit être entreprise : ne ramasser que les individus suffisamment grands dans des lieux où ils sont présents en bonne quantité. L’amadouvier et ses usages dépassent largement le cadre de la simple production de feu et c’est donc une ressource à estimer à sa juste valeur en la respectant sur le terrain.


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