L’usage de champignons médicinaux semble connaître un certain renouveau. Avec l’avènement des internets et le partage de connaissances locales, on apprend que tel ou tel individu nous paraissant quelconque à première vue peut se révéler être la véritable panacée rêvée depuis des siècles.



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Si la mode des plantes comestibles et médicinales ne cesse de s’étendre au grand public, les champignons sont des êtres vivants bien délaissés. Relégués au rang de curiosités gastronomiques ou d’empoisonneurs fourbes, ils présentent pourtant, pour l’œil averti et pour le scientifique en herbe, des vertus médicinales qui s’inscrivent parfois sur des millénaires avec des effets désormais démontrés par des études pharmacologiques poussées.

Quelques mises en garde sont cependant nécessaires afin de nous décharger de toute responsabilité :

  • Ne consommez que ce que vous avez formellement identifié.
  • Ces quelques champignons ne constituent pas un traitement médical.
  • Les vertus présentées ci-après ne substituent en rien à l’expertise d’un professionnel de santé.
  • Je soussigné l’auteur ne saurait être tenu pour responsables de vos erreurs.

Nous présenterons ci-après quatre champignons relativement bien distribués dans nos contrées et dont les vertus médicinales ont fait l’objet de recherches scientifiques. Pour vérifier les on-dit et les racontars de grands-mères, une simple recherche sur un moteur tel que Google Scholar permet d’extraire de la littérature scientifique les papiers les plus intéressants. Ainsi, nous donnerons ci-après les bienfaits ayant été documentés par la science conjointement avec quelques usages traditionnels.

I – Le polypore du bouleau (Fomitopsis betulina)

Comme son nom l’indique, ce champignon pousse sur ces arbres à l’écorce blanche que nous affectionnons particulièrement en Bushcraft. Jeune, il ressemble à une boursouflure blanche puis s’étale peu à peu en forme de fer à cheval. Le chapeau est d’un brun très clair dont la texture rappelle le cuir, la face inférieure est ornée d’une multitude de petits trous qui sont les pores.

Comme son nom l’indique, le polypore du bouleau pousse sur… les bouleaux. Facilement reconnaissables à leur écorce blanche. ©Alban Cambe

La chair du polypore est blanche, tendre et élastique. On la conseille pour réaliser in situ des pansements Bushcraft : trancher une fine lamelle de polypore du bouleau puis la fixer autour d’une modeste coupure avec un bout de ficelle. Ce type de pansement ne permettra pas de stopper l’hémorragie mais protégera efficacement une plaie en tirant partie des vertus antiseptiques du champignon. Pour d’autres utilisations de cette espèce, nous vous renvoyons vers cet article qui lui est consacré (notons par ailleurs qu’un nouveau nom scientifique vient de lui être attribué : Fomitopsis betulina alors que nous le qualifiions, au moment de la sortie du précédent article par Piptoporus betulinus).

Néanmoins, il faut noter que depuis quelques années, Fomitopsis betulina se fait remarquer chez les scientifiques pour ses applications médicinales qui sont de plus en plus vérifiées à la lumière de nouvelles découvertes.

Le polypore du bouleau, un champignon médicinal avéré

Il serait anti-inflammatoire, pourrait servir de vermifuge en consommant sa chair subéreuse, aurait également des propriétés laxatives. Dans une étude publiée en 2017 dans World Journal of Microbiology and Biotechnology, l’équipe menée par Małgorzata Pleszczyńska écrit :

Les études pharmacologiques ont apporté des preuves en faveur des vertus antibactériennes, anti-parasitiques, antivirales, anti-inflammatoires, anticancer, neuroprotectives et immunomodulantes de préparations de F. betulina.

Pleszczyńska et al.  » Fomitopsis betulina (formerly Piptoporus betulinus): the Iceman’s polypore fungus with modern biotechnological potential  » 2017
On recommande d’éviter l’ébullition pour préserver les vertus du polypore du bouleau. Un simple frémissement suffit. ©Alban Cambe

Sa chair est insipide et caoutchouteuse, rappelant le liège. On préférera donc en réaliser un thé très simple sur le terrain en portant une eau à frémissement et en y déposant des lambeaux de polypore du bouleau et patienter une vingtaine de minutes. L’odeur est fongique, le goût plutôt amer, à additionner de miel ou de sucre.

II – Le polypore versicolore (Trametes versicolor)

Les mycologues l’apprécient pour sa beauté bariolée, ses cernes colorées. Il faut dire qu’il fait un excellent modèle pour la photographie nature. C’est pourtant l’un des champignons les plus abondants dans nos contrées mais il passe inaperçu en raison de sa taille et du désintérêt qu’on lui porte malgré ses propriétés surprenantes. Un véritable trésor des bois insoupçonné.

Impliqué dans la dégradation du bois, le Polypore versicolore se développe sur les souches et branches mortes en forêt. ©Alban Cambe

Le polypore versicolore (Trametes versicolor aussi dénommé dans la littérature sous le nom de Coriolus versicolor) est un décomposeur majeur des sous-bois. Il se nourrit de lignine et participe ainsi à la dégradation des souches et troncs tombés au sol dans les bois de feuillus. On le trouve souvent sur les branches, les arbres morts ou les tas de grumes en toutes saisons ; il reste en place plusieurs années.

Son développement se fait en groupes de plusieurs individus imbriqués les uns dans les autres. Le chapeau d’un exemplaire est un éventail à la surface veloutée et aux contours ondulés. C’est la coloration qui est la plus caractéristique chez cette espèce et va permettre de la différencier d’autres Trametes. En effet, la croissance du chapeau se fait en son bord ce qui explique la présence d’une marge de croissance blanche. La face inférieure du chapeau laisse apparaître de minuscules pores blancs pouvant évoluer vers une couleur crème puis jaunâtre avec l’âge. Le reste du chapeau s’orne de zones colorées en bandes concentriques dont les teintes varient du blanc au gris en passant par le beige, le bleuté, le violacé et même le noir. On note des reflets rappelant le velours à la face supérieure. Certains individus semblent se parer de vert mais il faut plutôt y voir le développement d’un film d’algues microscopiques.

Le « turkey tail », champignon médicinal bien connu

Il est classé comme « non comestible » en raison de sa chair particulièrement coriace. En revanche, il fait partie de la pharmacopée traditionnelle, notamment en Asie. Le polypore versicolore est ainsi cité dans la médecine traditionnelle chinoise depuis plusieurs siècles (alors appelé Yun Zhi) ou au Japon (appelé Kawaratake). Les anglo-saxons le surnomment Turkey tail, comprendre « queue de dinde » en référence à son look bariolé (rappelant le plumage de certaines Instagrammeuses ou du volatile que l’on mange ?) . Des études assez récentes (fin XXème siècle) et toujours en cours semblent confirmer les vertus thérapeutiques de Trametes versicolor notamment en ce qui concerne le renforcement du système immunitaire et la régression de tumeurs cancéreuses (prostate, sein, colon, estomac…).

Même si nous ne cherchons pas à traiter des problèmes aussi graves, le polypore versicolore peut être utilisé en guise de traitement de fond tout au long de l’année, il stimulera ainsi nos défenses immunitaires. La meilleure façon d’en profiter est de réaliser une infusion simple : On sélectionnera un individu pas trop coriace sur une souche ou un arbre mort, au sein d’une colonie bien développée. Il suffira ensuite de déchirer des lamelles dans le chapeau. Plus les morceaux seront petits, plus cela permettra d’exposer une grande surface de contact avec l’eau dans laquelle on va les plonger. Dans une bouilloire ou une casserole, on immergera les lambeaux de champignon dans de l’eau froide que l’on portera à frémissement sur un feu doux (au camp, on veillera à bien surélever la bouilloire). Les principes actifs du Trametes versicolore seraient en effet détériorés par une ébullition. Lorsque préparation est chaude, versez-la dans une tasse en l’oxygénant au maximum pour en développer les arômes. Plus longue sera l’infusion, mieux ce sera, on pourra ainsi laisser une bouilloire dormir sur un poêle à bois pendant une journée du temps qu’on évite d’ébouillanter l’ensemble.

Une eau frémissante permettra de préserver les vertus du polypore versicolore découpé en petits lambeaux. ©Alban Cambe

Comme chez la plupart des champignons, la confusion est aisée. En l’occurrence, rien de bien méchant car aucune espèce toxique ne s’approche du polypore versicolore. Au pire, on pourra le confondre avec la Tramète multicolore (Trametes multicolor) qui ne comporte aucune bande de couleur bleutée-violacée. Trichaptum biforme ou Stereum ostrea présentent un chapeau rappelant le Trametes versicolore mais, n’étant pas des polypores, ils ne présentent aucun « trou » à la face inférieure. De plus, cette zone est rarement blanche.

III – Le « Chaga » ou Polypore oblique (Inonotus obliquus)

En voilà un qui a une bien drôle de tête ! L’œil innocent y verrait une simple loupe du bois mais il faut regarder de plus près pour s’apercevoir de sa structure fort étrange. Le Polypore oblique, appelé « Chaga » (terme issu du Russe чага) forme des boursouflures noires à la surface des bouleaux. Contrairement aux polypores précédents, ici, pas de chapeau. Une masse noire d’aspect charbonnée se développe à la faveur d’une craquelure de l’écorce. On pourrait croire qu’un malotru a brûlé l’arbre en un seul endroit. En grattant cette croûte, on découvre une matière à peine plus souple de couleur ambrée, tirant sur le jaune. Voici l’intérieur de notre champignon, cette partie porte en elle les principes actifs qui ont rendu le Chaga si populaire.

Une boursouflure noire, d’aspect brûlée, sur un bouleau, peut-être un drôle de champignon ? ©Alban Cambe

La récolte est simple, il suffit de décrocher des morceaux de champignon en plantant une lame de couteau dedans. Si le polypore oblique est abondant dans les environs, on peut envisager en scier une excroissance entière. On pourra choisir de le débiter en fragments d’une dizaine de centimètres avant de les faire sécher de les conserver dans un bocal en verre.

L’infusion de Chaga est peut-être la préparation la plus célèbre et il existe différentes méthodes pour ce faire. Nous avons choisi de limer la partie ambrée du champignon au-dessus d’une feuille de papier avant de déposer la poudre dans de l’eau frémissante pendant une vingtaine de minutes. La mixture adopte alors une couleur brune, on la filtrera ensuite avant dégustation. D’autres auteurs recommandent de faire infuser de la sorte de petits fragments pendant une heure, ces mêmes fragments pourront être réutilisés jusqu’à cinq fois et remis à sécher entre chaque tournée.

Les vertus que l’on prête au Chaga s’inscrivent dans une longue tradition depuis la médecine chinoise et les coutumes sibériennes en passant par le Japon et s’étendent jusqu’à l’Amérique du Nord.

Chaga, le champignon médicinal (peut-être) le plus célèbre

Il contribuerait à faciliter la digestion, boosterait le système immunitaire et aiderait même à lutter contre la prolifération cancéreuse. Ce champignon est ainsi qualifié de « super-aliment » tant il entretient dans l’imaginaire collectif le mythe de l’immortalité. La science a, en effet, mis en avant dans de nombreuses publications ses effets antioxydants, hypoglycémiants, anti-inflammatoires, immuno-stimulants et antimutagènes… De quoi poser Inonotus obliquus comme une véritable panacée.

IV – L’amadouvier (Fomes fomentarius)

Le célèbre « amadou » qui est si réputé pour l’allumage de feu est issue de la trame (ou contexte). Il s’agit de la chair spongieuse récupérée sous l’écorce du champignon « amadouvier ». Cette chair était ensuite bouillie en solution avec du salpêtre pour la rendre d’autant plus susceptible aux étincelles et améliorer sa capacité à entrer en combustion.

Au-delà de l’allumage du feu, l’amadouvier est peut-être parmi les champignons médicinaux, celui utilisé depuis le plus longtemps.

L’amadouvier, champignon médicinal utilisé depuis des siècles

Dans un texte d’Hippocrate (Vème siècle avant J.-C.), on apprend que des morceaux incandescents d’amadou sont appliqués à proximité des organes à traiter. Une technique proche, la moxibustion naît en Chine où les points d’acupuncture sont stimulés par la chaleur jusqu’à la brûlure locale. Jusqu’à présent, ces méthodes n’ont pas trouvé d’appui dans la communauté scientifique…

Dans l’histoire, l’amadouvier a également porté des noms qui attestent d’une utilisation médicale précoce. Fomes fomentarius devient ainsi, dans le langage courant « l’agaric des chirurgiens » (on notera cependant qu’actuellement le terme agaric est réservé aux champignons du genre Agaricus dont fait partie le champignon de Paris – Agaricus bisporus). Cette dénomination semble héritée de ses propriétés hémostatiques.

L’amadouvier fut aussi appelé « Agaric des chirurgiens »

Sa trame est ainsi préparée en compresses et pansements qui servent à recouvrir les plaies. On lui prêtera des vertus astringentes qui pousseront les médecins à se reposer sur lui pour stopper les hémorragies, vertus qui seront discutées au XVIIIème siècle, certains n’y voyant qu’un pansement passif servant à combler l’orifice d’une plaie.

On le retrouve ainsi sous la plume de Jules Verne, dans « Les enfants du Capitaine Grant », le rapport suivant : « Le major plaça sur l’orifice de la blessure, qu’il lava préalablement à l’eau fraîche, un épais tampon d’amadou, puis des gâteaux de charpie maintenus avec un bandage. Il parvint à suspendre l’hémorragie. »

Pour certains troubles nécessitant une longue irrigation, il a pu également être utilisé en tant que compresse imbibée de solution médicamenteuse. Dans le traitement des ongles incarnés, il était placé entre la peau et la repousse du phanère. Enfin, la fumée de l’amadou en combustion a été recommandé par certains médecins du XIXème siècle pour traiter les affections nerveuses ou en tant qu’antihistaminique. Allergiques, à vos briquets !

L’amadouvier et ses utilisations médicinales « originales »

D’autres utilisations plus originales sont issues des traditions de divers continents : pour lutter contre les migraines, on recommandait en Hongrie de porter un chapeau réalisé avec la trame de l’amadouvier ; en Europe de l’Est, il aurait été prescrit afin de traiter les hémorroïdes… par fumigation ; en Inde, on lui prête des vertus laxatives, diurétiques et toniques alors qu’en Chine il était plutôt indiqué contre certains cancers…

Si l’amadouvier traîne derrière lui des application médicinales plus ou moins risibles et un rôle plutôt passif en médecine traditionnelle, les recherches actuelles semblent pointer du doigt un potentiel insoupçonné de divers composés extraits du sporophore : antibactérien, antitumoral, stimulant pour le système immunitaire, hypoglycémiant et antihypertenseur… Soit dit en passant, son usage actuel se limite à ses propriétés hydrophiles puisque les fanatiques de pêche à la mouche sèchent leurs leurres sur des tampons d’amadou. La recherche se poursuit sur ses véritables applications médicales et l’avenir nous dira si l’amadouvier peut retrouver ses lettres de noblesse dans le monde moderne.

Conclusion : une liste de champignons médicinaux loin d’être exhaustive

Les recherches se poursuivent activement pour identifier les modes d’actions des différentes substances ayant montré un réel intérêt thérapeutique et l’étendue de la tâche est colossale comme l’annonçait, il y a plus de dix ans, une étude internationale qui énonce qu’entre 1996 et 2005,

« Au moins 651 espèces représentant 182 genres d’hétéro ou d’homo-basidiomycètes contiennent des polysaccharides reconnus comme antitumoraux ou immunostimulants ».

Fan et al. « Advances in Mushroom Research » 2006

Certains extraits ont même présenté un rôle démontré en tant qu’antiviraux contre le VIH.

Quelques espèces de champignons ayant prouvé leur potentiel contre le cancer. Source : Patel & Goyal,  » Recent developments in mushrooms as anti-cancer therapeutics: a review  » 2012

Issus de la pharmacopée traditionnelle des quatre coins du monde, ces champignons médicinaux nécessitent d’être correctement identifiés avant toute consommation. Les exemples d’intoxication pullulent, même dans la littérature scientifique. Aussi, rappelons que ces êtres vivants sont très susceptibles à la pollution environnante, des individus pourtant comestibles étant capables d’accumuler les métaux lourds et devenant impropre à la consommation de par leur localisation.

Même si notre propos n’est pas, vous l’aurez compris, de vanter les mérites des champignons au détriment de la médecine moderne, il convient de rappeler que certains individus peuvent présenter des contre-indications que seul un professionnel de santé serait à même d’évaluer.

Pas si sympas, certains champignons parfaitement comestibles se révèlent potentiellement toxiques sous certaines conditions. ©Alban Cambe

Enfin, méfions-nous également de la posologie et de l’âge du consommateur. Le polypore soufré, Laetiporus sulfureus, (cliquez ici pour le découvrir en détails) est régulièrement consommé et est un bon comestible mais il est à l’origine de quelques rares intoxications accompagnées d’hallucinations chez de jeunes enfants l’ayant consommé, le plus souvent, cru. Bien suivre les modes de préparation traditionnels et éviter d’en donner aux mineurs semble dès lors être une précaution non négligeable.


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