« Matériel Bushcraft ». Une fois n’est pas coutume, nous aborderons ici les questions matérialistes au regard de la pratique de l’art de la vie sauvage qu’est le Bushcraft. Depuis toujours, je m’efforce de cloisonner obstinément le « matos » d’un côté (ces outils que l’on peut utiliser sur le terrain), les connaissances et savoir-faire de l’autre (le Bushcraft à l’état pur). Cependant, force est d’admettre que certains de ces objets peuvent se révéler polyvalents et/ou nous apporter un gain non négligeable de confort. De quoi booster nos capacités et compétences.



 

Depuis que nous pratiquons volontiers ces activités inhérentes au Bushcraft, nous n’avons pas souvent eu le « coup de cœur » pour du matériel utilisable lors de nos sorties.

Si nous avons sélectionné ici cinq objets, c’est tout simplement parce que, au cours des années de pratique, ce sont les cinq seuls éléments que nous avons fait le choix d’intégrer pleinement à notre passion. Certains sont révolutionnaires, d’autres sont déconcertants de simplicité mais tous ont en commun le fait de nous avoir permis de progresser sur différents plans : autonomie hydrique, utilisation de ressources naturelles, respect de la nature, efficacité sur le terrain…

Ce ne sont que mes propres avis sur ce matériel Bushcraft :

Si nous citons dans cet article certaines marques, c’est parce que ce sont les objets que nous avons acquis et conservés. Il existera probablement des alternatives tout aussi intéressantes chez d’autres fabricants et nous ne souhaitons pas rentrer dans un débat matérialistico-consumériste inutile. Et non, ce ne sont pas des objets que je considère comme « indispensables ».

I – Une bouilloire irlandaise pour la pause thé : la Kelly Kettle Trekker et ses accessoires

Étant un adepte de la pause tisane improvisée sur le bord du chemin, je me suis vite confronté à la problématique d’allumer un feu ici ou là. Obtenir des flammes puissantes afin de faire bouillir de l’eau en un temps record va être permis par une judicieuse sélection du combustible et du gabarit des branches à utiliser.

Faire un feu en forêt, au détour d’une randonnée est une lourde logistique qui peut paraitre décourageante pour une simple pause. ©Alban Cambe

Même si, avec l’expérience et les bonnes ressources, il est aisé d’obtenir une ébullition en quelques instants seulement, les phases de récolte du bois, de préparation du foyer, d’allumage et d’entretien du feu vont demander de longues minutes. Sans compter le temps passer à dissimuler les traces du méfait et à le camoufler après notre passage ! Un temps parfois bien trop long pour les trajets à couvrir.

La Kelly Kettle est une solution nomade polyvalente qui facilitera grandement les pauses lors des randonnées. À la fois réchaud, à la fois bouilloire, cet engin se décline en trois capacités différentes : Trekker : 0,6 Litres, Scout : 1,2 Litres et Basecamp : 1,6 Litres.

La Kelly Kettle est une bouilloire nomade faisant aussi office de réchaud. ©Alban Cambe

Il s’agit ni plus ni moins que d’un « rocket stove » à double paroi. L’énergie dégagée par la combustion est restituée non seulement au sommet de la cheminée mais également à la cavité contenant l’eau. On peut ainsi faire d’une pierre deux coups : cuire des aliments et faire bouillir de l’eau en même temps.

Le tirage, avec du bon combustible, est impressionnant, l’ébullition survient en moins de trois minutes. ©Alban Cambe

Pourquoi cet outil nous est-il devenu indispensable ? La combustion, très efficace, nous permet de faire bouillir de l’eau (sur le modèle Trekker) en moins de trois minutes. Tout y passe : brindilles, branches un peu plus grosses, cônes de résineux… Il faut cependant être rigoureux sur la sélection du combustible qui doit être bien sec. Et l’on ne laisse derrière soi que de la cendre.

De nombreux accessoires accompagnent la Kelly Kettle et viennent se loger dans la cheminée. Photo prise au déballage, notez le bon état du kit. ©Alban Cambe

Afin de limiter les risques de brûler le substrat, nous l’utilisons avec son support polyvalent : il peut servir à soutenir la bouilloire au-dessus du sol ou peut être utilisé pour maintenir un récipient au sommet de la cheminée.

La gamme Kelly Kettle est disponible ici pour comparaison, le kit que j’utilise et les accessoires sont illustrés ci-dessous :

Pour moins de 1 kilogramme (avec l’ensemble de ses accessoires qui s’imbriquent dans la cheminée) et un volume équivalent à celui d’une bouteille d’eau de 1.5 Litres, je l’embarque à chaque sortie sur le terrain, pour enregistrer mon podcast par exemple ou pour une randonnée de quelques heures. Elle m’accompagne lors de mes bivouacs solitaires que je souhaite furtifs car la Kelly Kettle permet également une combustion discrète sans flamme apparente.

II – Une veste imperméable digne de ce nom : La Arktis B310 Waterproof

Avouez, vous avez toujours eu horreur des K-Way. Ces espèces de bâches plastiques étouffantes où l’on se retrouve parfois plus trempé de sueur à l’intérieur que mouillé par le crachin… La mode de l’outdoor ces dernières années a mis en lumière nombre de matières textiles révolutionnaires qui permettent de s’affranchir des éléments. Pourtant, j’avais toujours privilégié l’économie avec des vêtements du rayon randonnée et chasse issus d’une célèbre enseigne sportive. Ainsi, j’ai longtemps fait l’erreur de me limiter aux « soft-shell » qui s’imbibent rapidement et aux autres matières qui entraînent un effet cocotte-minute, la pluie était synonyme de sortie désagréable.

Scie Bushcraft coupe sans support 2
Cette veste « soft-shell » m’a accompagné plusieurs années mais s’est révélée inefficace face à des draches bien bretonnes. ©Alban Cambe

Puis j’ai découvert découvert le coton ciré, lourd. Puis le G-1000 (à cirer également) venu de Scandinavie, onéreux. Puis nous avons entendu parler de la marque russe Gorka, économique et robuste. Puis des connaissances nous ont vanté les mérites du Gore-Tex, si cher mais si efficace, respirant et… qui se déchire si facilement dans la cambrousse juste après l’achat…

Puis, au détour d’une randonnée avec mon camarade Philippe Choisy, j’ai pu essayer une smock windproof de chez Arktis. Coton majoritaire (donc respirant), tissu Rip-Stop évitant les accrocs dramatiques et facile à réparer, le tissu se révèle relativement silencieux au frottement, parfaitement coupe-vent et déperlant. Cette veste que nous avions essayé sur le terrain avait plus de vingt ans et était utilisée régulièrement.

Alban Cambe démonstration d'allumage de feu
La smock Arktis B310 présente quatre poches volumineuses à l’avant et une capuche qui sont imperméables. ©Alban Cambe

Il aura fallut y mettre le prix mais j’ai finalement choisi d’investir dans une Smock Waterproof : la Arktis B310. Cette version diffère de la Windproof par son imperméabilisation de la capuche et des poches extérieures (où je range une petite trousse de secours et des initiateurs de feu entre autres). En l’espace de trois ans, elle a connu les ronces, les draches, le cagnard et la boue et n’a jamais failli.

Il est possible de verrouiller les manches au niveau des poignets, la ceinture au niveau de la taille ainsi que la capuche pour s’isoler parfaitement du vent. ©Alban Cambe

Acheter une bonne fois pour toute une veste de qualité, imperméable à souhait, se révèle a posteriori primordial malgré un prix élevé. Cela me permet tout simplement de sortir dans les bois, quelles que soient les conditions météorologiques, et de profiter de la nature qu’il vente, qu’il pleuve ou qu’il neige. Davantage de temps passé dehors, c’est encore plus de connaissances accumulées.

La veste Arktis B310 présente un tissu ripstop et est taillée plutôt grand pour autoriser la superposition des couches. ©Alban Cambe

Avoir pris le temps de sélectionner une telle veste dès le début de ma pratique m’aurait évité de dépenser de menues sommes (importantes cumulativement) dans des vestes bas de gamme issues de la célèbre enseigne sportive ou d’un site de vente chinois bien connu. Je pense désormais sincèrement qu’il vaut mieux acheter une unique panoplie complète haut de gamme qu’un ensemble de pièces médiocres qui vous feront subir les assauts de Dame Nature et ne dureront pas dans le temps.

Les vêtements Arktis sont disponibles chez Azimut-Nature sur demande (dites que vous venez de ma part).

Point consommation : ne pas négliger le pantalon et les chaussures non plus ! Voici les modèles que j’utilise. À vos cartes bleues.

III – Un briquet dit « médiéval » pour s’amuser

Le Bushcraft nous pousse à allumer des feux de bien des manières et c’est d’ailleurs l’un des plaisir les plus gratifiant. Être capable de produire des flammes à partir d’un système rudimentaire et grâce à des ressources naturelles récoltées in situ est une activité des plus stimulantes. Si le firesteel constitue déjà une excellente entrée en matière, le briquet silex/acier (abusivement nommé « médiéval ») est un défi encore plus intéressant à relever.

Confection d’un briquet « médiéval » par Paulo Simoes. ©Alban Cambe

Contrairement au firesteel qui va s’user avec le temps (apprenez à bien utiliser grâce à cet article), le briquet d’acier correctement forgé durera plus d’une vie. Durant nos stages, nous avons déjà assisté à la casse de tels outils entre les mains d’opérateurs totalement débutants, brutes et insouciants mais la faute en revient surtout à la qualité de l’objet. Un bon forgeron saura vous proposer un objet robuste, réalisé dans un acier carboné produisant d’excellentes étincelles et ayant été soumis à une trempe sélective.

La percussion du briquet contre le silex produit des étincelles. Votre mission sera de générer des flammes avec des ressources naturelles. ©Alban Cambe

Ce briquet ne vous permettra de produire des flammes qu’au prix d’une préparation soigneuse d’un amadou au sens large : substance issue du champignon amadouvier, coton carbonisé ou bois pourri carbonisé par exemple… Cette première fabrication ne vous offrira qu’une braise qu’il faudra transformer en flammes par le jeu de matières naturelles soigneusement sélectionnées et modelées.

Un stagiaire obtient une braise sur coton carbonisé à partir du couple briquet acier / silex. ©Alban Cambe

C’est ainsi qu’un nid fibreux doit être capable d’accueillir une braise, de la faire grandir puis d’entrer en combustion jusqu’au point où des flammes jaillissent. Allumer un feu de la sorte, vous l’aurez compris, nécessite de prendre son temps… C’est pour cela que nous nous plaisons à allumer notre Kelly Kettle de la sorte !

Un nid fibreux soigneusement préparé permettra de transformer la braise en flammes. ©Alban Cambe

Ainsi, un tel briquet sera durable, robuste, efficace (dès qu’on en a le coup de main) et vous forcera à aller rechercher autour de vous des ressources naturelles exploitables pour confectionner un nid fibreux. Attention, il ne suffit pas de tordre un vieux morceau de lime pour obtenir un briquet valide, il y a quelques secrets que j’ai pu découvrir au moment de la forge et de la trempe… Résultats ? Certains objets que j’avais acquis par lot chez une personne peu compétente ont vite cassé à l’usage sans jamais avoir produit de belles étincelles. Le savoir-faire de l’artisan y est donc pour beaucoup.

Pour vous procurer un briquet savamment réalisé, je vous renvoie vers le site de mon ami Paulo Simoes (dites-lui que vous venez de ma part).

IV – Un billy-can pour cuisiner et bien plus

Les bivouacs entre amis sont l’occasion de se retrouver au fond des bois autour d’un feu. Quoi de plus convivial qu’un bon repas bien arrosé ? Les traditionnelles grillades au feu de bois (sur grille, sur pic ou sur pierre) sont un indispensable de ces heureux moments mais ce qui fait toute la différence, c’est la capacité à cuisiner au camp comme à la maison. Certains amateurs de cuisine sauvage font appel à des outils en fonte pour préparer de délicieuses poêlées mais dans une optique d’itinérance, le poids et le volume sont des facteurs à ne pas négliger.

Une simple petite marmite avec une anse pour cuisiner avec facilité. ©Alban Cambe

Un billy-can est une sorte de marmite droite ornée d’une anse. Nous nous sommes procuré un tel récipient de la marque Zebra. 12 centimètres de diamètre (contenance d’environ 1 Litre) pour nos sorties. L’outil est accompagné d’un « panier vapeur » que nous utilisons comme une assiette. Attention aux cliquets en plastiques qui verrouillent l’anse et le couvercle, je les ai volontairement cassés car ils auraient fondu sur le feu de camp.

Grâce au billy-can, il est aisé de préparer du bon café sur le terrain. ©Alban Cambe

De plus, l’ustensile occupe un volume non négligeable. Qu’à cela ne tienne, nous remplissons toujours le billy-can avec les ingrédients qui y cuiront ou avec des sachets de café et de thé. Nous y glissons également notre quart en métal qui s’imbrique parfaitement dans l’ensemble.

Première utilisation du billy-can : poulet mariné aux saveurs asiatiques, poêlée de poivrons et riz aux épices. Les ingrédients et les condiments étaient cannibalisés dans le billy-can pour le transport. ©Alban Cambe

Le modèle de billy-can que j’utilise est celui illustré ci-dessous, si vous désirez comparer différents modèles, cliquez ici.

Que faire de ce pot ? Bouillir de l’eau, y cuire du riz. Y faire dorer des morceaux de poulet dans de l’huile d’olive puis napper le tout de lait de coco avant d’ajouter des quartiers d’ananas et quelques feuilles d’orties, y improviser un chili con carne ou, pour les feignants, y vider une boite de conserve pleine d’additifs. Bref, vous pourrez y cuisiner tout ce qui vous plaît. L’ensemble, en acier inox est facile à nettoyer, relativement léger et robuste. Notre utilisation préférée ? Y préparer le café matinal. Non, pas du café du soluble ignoble, du VRAI café Bushcraft. La recette est à retrouver par ici : Comment préparer du (bon) café sur le terrain.

V – Un filtre à eau pour s’alléger

Quelle plaie ! Alors que je traversais les Highlands, il advenait par endroit que je ne sois pas en mesure de remplir mes gourdes. À Madère par contre, il suffisait d’immerger le récipient dans un cours d’eau vif, d’y ajouter une pastille de purification et d’atteindre quelques dizaines de minutes pour étancher notre soif. Heureusement que les itinéraires de randonnée sont balisés par des supérettes vous vendant des bouteilles d’eau à prix d’or. Ces mêmes bouteilles qu’il faudra charrier dans votre sac à dos, alourdissant encore chacun de vos pas meurtris par des journées de marche active.

L’idée est de partir avec des gourdes vides, même pour un simple bivouac, et de les remplir avec de l’eau récoltée sur le terrain qui sera purifiée par divers moyens. Voici la méthode que j’affectionne en sortie, histoire de prendre le temps.

Le Brown Filter Bag

Inspiré du Millbank Bag de l’armée Britannique (aujourd’hui quasi-introuvable), le Brown Filter Bag apparaît comme un accessoire ridiculement simple. Et pourtant. Ne pesant que quelques grammes, facile à transporter (en le roulant sur lui-même) et à utiliser, il permettra de rendre toute eau limpide.

Suite à la filtration, il suffira de faire bouillir l’eau durant au moins une minute. Facile lorsque l’on prépare déjà le repas… Le Brown Filter Bag nous permet ainsi de partir léger et de récolter l’eau in situ, de la traiter au camp selon nos besoins.

Le Brown Filter Bag a le mérite d’être robuste, réutilisable, simple d’utilisation pour clarifier une eau. ©Alban Cambe

Certains (nombreux!) esprits chagrins me font la réflexion suivante : « Oui mais si on la fait bouillir, l’eau, bah elle est chaude ! Berk ! »

Si vous voulez remplir vos gourdes d’eau fraîche, vous avez bien cinq minutes pour patienter, non ? Le cerveau est parfois utile en Bushcraft…

Pour un article détaillé sur le Brown Filter Bag, cliquez ici.

Pour vous procurer un Brown Filter Bag, tournez-vous vers les sites materiel-survie.fr ou pyrene-bushcraft.com

Attention au choix de la méthode

J’ai pu tester et/ou assister à la récolte d’eau par divers moyens. Méfiance, certains filtres ne proposent que de se débarrasser des bactéries et des protozoaires (voir mon article sur la purification de l’eau). Ils se placent alors comme un moyen redondant (et non complémentaire) face à la plupart des pastilles de purification d’eau ou face aux gourdes filtrantes dernier cri. Soyez vigilants à l’achat sur ce qui est réellement éliminé de l’eau récoltée et adaptez votre seconde méthode de purification en fonction.

Malgré son côté pratique et immédiat, ce filtre MSR Trailshot (filtre les bactéries et protozoaires) fait moins bien qu’une simple pastille de Micropur Forte (élimine virus, bactéries et certains protozoaires). ©Alban Cambe


Conclusion

Vous l’aurez compris, ces quelques objets hétéroclites m’ont apporté confort, sécurité, simplicité et résilience sur le terrain. Grâce à eux, j’ai pu randonner plus longtemps, sortir plus souvent, investiguer les ressources naturelles des milieux traversés, préparer de meilleurs repas mais avant toute chose, ils m’ont permis de mieux profiter de mes randonnées et bivouacs. Enfin, pour me répéter, le « matériel bushcraft » n’existe pas. Il y a le matériel d’un côté, le bushcraft de l’autre.

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