S’extraire de son sac de couchage à la lueur du jour naissant, écouter l’intensification progressive des chants d’oiseaux et la quiétude de la forêt, rallumer le foyer du camp à l’aide de quelques charbons et lancer la production de l’élixir noir qui parfume les matinées de bivouac. S’il existe de multiples façons de préparer du café dans les bois, toutes n’ont pas le monopole des arômes ou de la praticité.



 

Dans le cadre de ce dossier, nous vous présenterons quelques pistes pour faire le choix d’une solution adaptée à vos besoins et vos goûts. Nous prenons en considération la rapidité, la simplicité, la production de déchets et surtout, l’encombrement qui peut être un frein au choix de certains accessoires. Enfin, nous sommes de ceux qui savent pertinent que la caféine a des effets délétères sur l’organisme mais qui ne peuvent se passer de ce breuvage béni des Dieux. Nous reconnaissons volontiers une véritable addiction et cherchons donc à produire, sur le terrain, le meilleur café possible dans les bois !

1 – Sans effort et sans panache : le café soluble

La solution la plus simple, la plus rapide, la plus abordable quelque soit votre niveau de pratique est de recourir à du café soluble. En pot ou en dosettes, il faut reconnaître que c’est un expédient peu satisfaisant la plupart du temps. Tout dépend de la marque de café choisie et de la dose dissoute.

Généralement peu satisfaisant, le café soluble est un expédient qui se révèle facile d’emploi. ©Alban Cambe

En résumé, il s’agit de faire bouillir de l’eau, de la verser dans un mug de terrain et d’y ajouter une ou deux dosettes selon vos goûts (nous forçons toujours la dose lorsque c’est la seule solution à disposition). Hormis les avantages sus-cité, on déplorera donc un manque de saveur frustrant et, pour les dosettes, la production de petits déchets qui devront être emportés. Certaines marques commencent à sortir du lot avec du café instantané au goût vraiment intéressant (Lavazza, Kenco…) mais le prix s’ajuste en conséquence…

2 – Presque comme à la maison : le café filtre

Certains ne jurent que par leur cafetière programmable et si, en camping-car, ils se payent le luxe d’emporter une vraie machine à café avec eux, reconnaissons que cela se révèle plus compliqué lorsqu’on ne se déplace qu’avec un sac à dos. Néanmoins, les adeptes du café filtre pourront trouver des solutions de rechange tout à fait satisfaisantes avec un peu d’imagination.

Avec des branches et un peu de ficelle, on peut improviser un porte-filtre. ©Alban Cambe

Les filtres papiers et/ou les filtres réutilisables peuvent être emportés sur le terrain et aideront à préparer le jus matinal. Remplir le filtre avec le café moulu de votre choix et verser l’eau chaude, lentement, par dessus. Il existe des supports de filtre pliables qui ne prennent que très peu de place dans un sac et qui sont faciles à nettoyer. L’avantage du filtre papier, c’est qu’il est biodégradable et peut se composter, il suffit de l’enterrer au pied d’un arbre.

Le filtre doit être maintenu au-dessus du niveau du liquide dans la tasse. ©Alban Cambe

3 – Les cafetières de camp : pour les grands volumes

Le principe de la percolation peut aussi être employé dans certaines cafetières « outdoor ». Il existe pour alors des ustensiles tout en métal qui s’accommoderont de la fournaise d’un feu de camp ou d’un réchaud. Attention à la présence de pièces plastiques qui risquent de fondre ! C’est ainsi que sur le percolateur GSI Glacier que j’ai pu essayer sur le terrain, un bouchon plastique permet de contrôler la couleur du liquide et un manchon en silicone menace de fondre à chaque utilisation sur réchaud Kelly Kettle… Il existe cependant une version adaptée aux feux de camp avec un même bouchon en verre et une anse facilitant la manipulation à chaud.

Cette cafetière de camp a le défaut d’être encombrante mais permet de servir de grandes quantités d’élixir noir. ©Alban Cambe
De nombreuses pièces internes qui empêchent la canibalisation du matériel. ©Alban Cambe
Avec ses pièces en silicone et plastique, cette cafetière, comme beaucoup d’autres, ne peut être placée sur un feu de camp. Réchaud obligatoire. ©Alban Cambe
Pour estimer l’avancée de la préparation, il faut jauger la couleur du liquide au-travers du bouchon translucide. ©Alban Cambe

Un outil qui trouvera son utilité dans le cadre d’un bivouac à plusieurs, s’il y a possibilité d’utiliser un réchaud et si l’encombrement n’est pas un problème pour vous.

3 – Pour prendre son temps : l’infusion de café

En l’absence de support de filtre papier, il est possible d’acquérir pour un prix modique des sachets de thé réutilisables. Il suffira de les remplir de café et de les laisser barboter dans la tasse. Inconvénient majeur, la quantité de café embarquée est alors réduite et il faudra probablement faire plusieurs trempettes ou mouiller plusieurs sachets en même temps pour n’obtenir qu’une seule tasse.

Les sachets en tissu pour infusion sont réutilisables et lavables. ©Alban Cambe

Si ces solutions ne vous conviennent guère, il existe encore le filtre à café DIY (Do It Yourself) qui est adaptable à tous les contenants et contenances. Si vous disposez d’une popote, il sera alors possible de partager un liquide savamment préparé avec vos acolytes, une production presque industrielle ! Il faudra mettre la main sur un tissu quelconque : T-shirt, bandana ou alors, pour plus de commodité, chaussette. On disposera le café en quantité voulue dans le tissu qui devra être refermé au moyen d’une ficelle. Remplissez votre popote d’eau chaude et laissez infuser pour obtenir un café aux saveurs uniques et qui pourra délivrer, dans le cas du filtre chaussette un peu négligé, des touches aromatiques très… personnelles !

En l’absence de sachet… Une chaussette fait parfaitement l’affaire. ©Alban Cambe

Inutile de préciser que des tissus propres sont nécessaires. C’est une solution très simple, le marc de café devra être enterrer et fertilisera le sol, aucun matériel n’est nécessaire hormis une petite ficelle et il suffira de laisser sécher votre filtre improvisé avant de reprendre la route. Attention, le tissu ainsi utilisé sera durablement tâché, de quoi personnaliser votre garde robe.

4 – À boire et à manger : le café de cowboy

Pour ceux qui ont toujours rêvé de participer à la ruée vers l’or, voici la solution pour un café de « vrai bonhomme ».

Un récipient, du café, de l’eau, voici le café de cowboy, le café qui offre à boire et à manger ! ©Alban Cambe

Faites bouillir de l’eau dans une popote, sortez du feu, versez le café moulu dans l’eau, mélangez.

Le café de Cowboy contient beaucoup de grains en suspension. Libre à vous de filtrer ou de vous la jouer « à la dure ». ©Alban Cambe

Et voilà. Filtrer ? Boire avec les dents serrées ? Ce serait renier tout ce bon marc de café en suspension qui ne demande qu’à vous remplir l’estomac ! N’oubliez pas de mâcher.

5 – « il tempo di un bivacco » : les cafetières italiennes

Pour ceux qui aiment le café bien serré, il existe toujours la solution du percolateur. La fameuse cafetière « Bialetti » a la peau dure et est réputée pour sa résistance. Remplir le fond de la cafetière avec de l’eau, le compartiment avec du café moulu, visser et faire chauffer. Dès que la machine émet un grondement humide, il faut la retirer du feu pour ne pas l’endommager et ruiner votre tournée.

Une cafetière italienne et un réchaud à gaz permettent de préparer facilement et rapidement un bon café sur le terrain.
Les cafetières italiennes sont robustes et faciles à utiliser mais parfois lourdes et il faut généralement les utiliser sur un réchaud pour éviter de les endommager. ©Alban Cambe
En quelques minutes à peine, on obtient un café intense, à la saveur plutôt corsée. Doses à ajuster selon vos goûts. ©Alban Cambe

Attention au choix de la cafetière, il faudra éviter à tout prix les revêtements plastique ou silicone si vous envisagez de l’utiliser sur le feu de camp. Certaines cafetières italiennes « outdoors » ne sont ainsi destinées qu’aux réchauds.

Si le résultat est forcément délectable pour les amateurs (je m’y inclus), on regrettera l’encombrement supplémentaire de cette solution puisqu’il faut alors emporter du matériel en plus pour produire le café matinal.

6 – Un café très pressé : la cafetière à piston ou « French Press »

Autre solution produisant un bon breuvage mais obligeant l’emport d’un matériel supplémentaire, les presses à café de terrain sont faciles à manipuler et entretenir. Verser de l’eau dans le compartiment et y plonger du café moulu, attendre quelques minutes et presser doucement le piston pour comprimer le marc au bas de l’appareil. Comme pour les cafetières italiennes, il faudra prévoir un espace libre dans le sac à dos pour les transporter.

Une presse à café qui fait aussi office de tasse. ©Alban Cambe
Le mélange eau chaude / café moulu se fait directement dans le récipient. ©Alban Cambe
Le compartiment supérieur vient s’imbriquer dans le récipient en tassant le marc au fond de la tasse. Un manchon isolant permet de saisir l’objet malgré la chaleur du liquide. ©Alban Cambe

Pour ceux qui disposent de quarts et/ou de mugs compatibles, des pistons métalliques peuvent être acquis à peu de frais et sont alors facilement transportables mais ne produisent que l’équivalent d’une tasse à la fois. Il existe également des bouteilles thermos individuelles permettant, au moyen d’un filtre à forcer dans le liquide, de préparer un café facilement sur le terrain ou au bureau. J’ai pu tester la GSI Javapress Commuter. On regrettera alors l’omniprésence du plastique dans la conception de tels objets.

7 – Pour le baroudeur embourgeoisé : réaliser un expresso sur le terrain

Pour ceux qui ne jurent que par l’immonde liquide noirâtre s’écoulant des capsules d’une célèbre marque dont l’égérie masculine fort séduisante arbore des cheveux poivre et sel (comme votre serviteur dont ce fut longtemps le surnom), il existe également des solutions de terrain. Oui, vous pouvez vous préparer un espresso en pleine forêt avec ces petites capsules individuelles… Petite précision, je ne suis absolument pas amateur du café en capsule pour de multiples raisons (goût insipide selon mes critères, production de déchets, coût écologique désastreux…) hormis s’il s’agit de capsules rechargeables que l’on aura emplies de café soigneusement sélectionné. Au minimum, essayez de vous tourner vers des capsules biodégradables.

Certaines machines à espresso de terrain s’utilisent comme une pompe à vélo. ©Alban Cambe

Certains appareils nécessiteront d’être rechargé électriquement avant l’utilisation, ils créent alors à la fois la chaleur et la pression nécessaire à la préparation du café. D’autres, en revanche, reposent sur la force de vos petites mains en ce qui concerne le pompage et demandent à être chargé en eau bouillante juste avant l’utilisation. Si notre préférence va, forcément, à la solution non-électrique, on notera qu’il s’agit encore d’un outil supplémentaire plutôt volumineux à emporter, qu’ils peuvent être relativement lourds (dépassant parfois le kilogramme!) et qu’il s’agit d’un article coûteux (approchant souvent les 100€…) pour ne préparer que de petites quantités de café.

La Wacaco Nanopresso a l’avantage d’être compacte et peut directement accueillir un flacon thermos compatible. ©Alban Cambe
La machine Kooma reste la plus simple d’utilisation et produit (selon nos goûts) le meilleur des espresso avec du café moulu. ©Alban Cambe

Mais tel est le plaisir de l’expresso ! On notera que certains appareils acceptent les capsules compatibles Nespresso et autres dosettes, certaines machines acceptent du café moulu qu’il vous incombera de choisir scrupuleusement pour un petit noir revigorant.

Pour utiliser la Wacaco Nanopresso, il faut manier la pompe au centre de l’engin. Notez le thermos enchâssé au sommet. ©Alban Cambe
La Handpresso Pop dispose d’une valve de pression. On pompe une bonne fois pour toute et l’on relâche l’expresso avec le petit bouton bleu à gauche. ©Alban Cambe

Voici les 3 machines que nous avons pu tester (dans l’ordre de préférence) :

  1. Kooma : notre préférée malgré son design encombrant. Système simple, capacité en eau supérieure à celle des concurrents. Le café est mousseux et délicieux. Accepte le café moulu et les capsules Nespresso selon l’embout monté.
  2. Wacaco Nanopresso : compact, simple d’utilisation et possibilité de fixer un flacon thermos (permet d’emporter de l’eau chaude sur le terrain). Avec adaptateur capsule Nespresso, accepte de base le café moulu.
  3. Handpresso pump pop : pompez une bonne fois pour toute, libération du café avec un seul bouton. Possibilité d’y adapter différentes dosettes et d’utiliser du café moulu. Hélas, volume très réduit.

En somme, du matos, encore du matos (onéreux en plus) pour une quantité de café bien ridicule au regard des efforts fournis…

8 – Sans matériel et sans prise de tête : le café kettlebell

Vous avez du café ? De l’eau ? Un billy-can ? Alors vous pouvez vous adonner à une petite séance de musculation en pleine nature pour préparer un café kettlebell (du nom de ces espèces haltères d’origine russe). Commencer la journée avec un peu d’exercice est une bonne façon d’insuffler une dose d’énergie bénéfique à l’organisme.

Un simple billy-can, de l’eau chaude et du café pour préparer un excellent « café kettlebell » ! ©Alban Cambe

Voici ma méthode préférée pour préparer un café de qualité sur le terrain sans matériel délirant (il faut juste un billy-can) et d’une façon plutôt amusante. Il s’agit de préparer initialement un « café de cowboy » mais d’effectuer une simple manipulation pour éviter d’en avoir plein les dents.

La méthode du café kettlebell ne demande qu'un matériel minimal pour préparer un bon café sur le terrain.
Le café kettlebell ne nécessite qu’un billy-can, du café et de l’eau. Notez la transparence du liquide. ©Alban Cambe

Comment préparer du « café kettlebell » dans les bois :

  1. Faire bouillir de l’eau dans le billy-can.
  2. Verser le café moulu dans l’eau et mélanger (dosage à votre convenance).
  3. Laisser reposer deux minutes. Ajouter l’équivalent d’un verre d’eau froide (ce qui facilitera la décantation des grains).
  4. Poser le couvercle et tracter le billy-can vers le haut de façon énergique et amortir à l’arrêt du mouvement.
  5. Redescendre tout doucement le billy-can et donner un mouvement de rotation pour que le liquide rince les parois du récipient.
  6. Réitérer le mouvement 5 à 6 fois, laisser reposer une minute.
  7. Si nécessaire (selon la qualité du café), écrémer la surface du breuvage pour retirer les particules flottantes. Ou ajouter doucement un verre d’eau froide à nouveau.
  8. Servir doucement dans des tasses en contrôlant la transparence du liquide.
  9. S’arrêter dès que le marc s’invite trop près du bord verseur.

Déconcertante de facilité, cette manière de préparer le café dans les bois ne demande qu’un billy-can pour être mise en œuvre. Il s’agit d’un café de cowboy sur lequel on aura forcé la décantation du marc et on sera vite surpris de l’efficacité de ces simples mouvements. C’est une méthode que je tiens de Paul Kirtley, instructeur de Bushcraft britannique (que j’ai eu le plaisir d’interviewer dans mon podcast), et que j’utilise désormais à chaque bivouac sous les yeux ébahis de mes acolytes. Il est ainsi facile de préparer rapidement un litre de breuvage à partager et de refaire une tournée pour la simple et bonne raison qu’une personne vous ayant vu faire tienne absolument à essayer !

Avec une bonne technique, le café kettlebell offre un café dépourvu de grains ! ©Alban Cambe

9 façons de préparer du café dans les bois en vidéo :

CONCLUSION

Ce petit tour d’horizon des méthodes pour préparer un café sur le terrain vous aura peut-être mis dans l’embarras : quelle solution choisir pour ma pratique ? Il ne faudra pas hésiter, selon les circonstances, à piocher entre l’une ou l’autre méthode pour répondre aux besoins du moment. Vous faites une petite pause durant une randonnée ? Peut-être que le café soluble sera un expédient satisfaisant pour ne pas perdre trop de temps. Vous pique-niquez avec des amis ? La presse à café ou la cafetière italienne sera peut-être à privilégier. Vous vous réveillez au petit matin dans la forêt et votre feu de camp est utilisable ? Le café kettlebell est alors un bon moyen de démarrer la journée.

Réfléchissez également à la façon de faire chauffer votre eau : feu de camp, Kelly Kettle ou réchaud de terrain. D’ailleurs pourquoi ne pas fabriquer un réchaud à pyrolyse ?

Comme toutes les méthodes et techniques en Bushcraft ou en « Survie », il n’existe pas de vérité figée mais il convient de s’adapter au maximum à la situation et aux besoins du moment.



 


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