Le polypore du bouleau (Fomitopsis betulina anciennement appelé Piptoporus betulinus) pousse sur un arbre réputé en Bushcraft et possédant déjà mille application. On prête de nombreuses utilisations à ce champignon qui se développe depuis la fin du printemps jusqu’à la fin de l’hiver.



 

Sous nos contrées, les bouleaux se remarquent très facilement. Ce sont des arbres pionniers, poussant dans les friches et dont l’écorce est blanche, striée de lenticelles. Son bois brûle vivement, il est facile à sculpter et peut servir à allumer du feu par friction. Ses branches ont été utilisées pour confectionner des balais, son écorce est riche en huiles essentielles et permettent de produire facilement des flammes ou de fabriquer du brai de bouleau, une colle très puissante. Au tout début du printemps, on peut également en récolter la sève qui est potable.

Fomitopsis betulina Piptoporus betulinus Polypore du bouleau sur arbre bouleau
Le polypore du bouleau se développe de façon abondante sur les… bouleaux ! ©Alban Cambe

I – Identification du polypore du bouleau

Il y a peu de risques de confondre le polypore du bouleau avec d’autres espèces si l’on prête attention à quelques critères très simples. Tout d’abord, comme son nom l’indique, ce champignon pousse exclusivement sur les bouleaux. C’est un champignon qui décompose le bois de son hôte (la science hésite encore à le désigner comme parasite) et sa partie visible est le carpophore, un chapeau qui va libérer des spores lui permettant de se multiplier. Le pied est très court, on a l’impression que le chapeau se développe directement sur le tronc.

Le pied du champignon est très court. Il provoque une boursouflure lorsqu’il sort du tronc. ©Alban Cambe

C’est bien ce carpophore qui nous intéresse : jeune, il ressemble à une boursouflure, une petite boule puis évolue depuis la forme d’un rein jusqu’à celle d’un véritable chapeau lorsqu’il est âgé. La face supérieure du chapeau est d’un brun blanchâtre à la texture rappelant le cuir. La face inférieure est blanche, ornée d’une myriade de minuscules petits trous (les pores, nombreux, d’où le nom polypore). On note au niveau de la frange, un renflement de la face supérieure qui vient former un bourrelet débordant sur la face inférieure.

La chair fraîche du polypore du bouleau est blanche, tendre mais ferme, elle peut laisser suinter une légère humidité. Son odeur est fruitée, un peu aigre.

De nombreux carpophores poussant sur un arbre encore debout indique que celui-ci est mort et en voie de pourrissement. Ne campez pas en-dessous, la chute ne devrait pas tarder !

II – Utiliser le polypore du bouleau

La première question qui vient à l’esprit face à un champignon est : « Est-ce que ça se mange ? »

Les avis divergent. La texture de la chair est très ferme, subéreuse même, ce qui la rend désagréable à mâcher. Le goût est légèrement acidulé mais surtout amer. Il ne représente pas un bon comestible pour les gourmets mais permet d’apaiser la faim en se remplissant rapidement l’estomac. Il faut goûter pour s’en faire une idée… Sélectionnez les carpophores les plus jeunes (en forme de petite boule ou de rein) pour éviter qu’ils ne soient trop coriaces.

Pores polypore du bouleau
La face inférieure porte les pores, c’est cette couche qui peut être facilement décollée. ©Alban Cambe

Parmi les utilisations les plus répandues, citons celle de son cuir et, selon les auteurs, de sa chair qui servaient autrefois à enlever le morfil des outils coupants lors de l’aiguisage. Pour ce faire, on pelait le polypore de sa carapace à consistance de cuir et on y frottait les couteaux dans le sens du tranchant.

Le cuir du polypore permet d’enlever le morfil des lames. ©Alban Cambe

Le champignon produit naturellement des substances antibiotiques. La plupart des documents relatant de tels usages incitent à découper une bande dans le cuir de la face inférieure, elle se décolle effectivement très facilement et va permettre de couvrir une petite plaie. La chair ferme mais souple peut aussi être découpée en fines lamelles puis placée sur une entaille ou une égratignure en guise de pansement de fortune si l’on y adjoint un moyen de le maintenir en place. Attention, par expérience, ce type de pansement ne permet pas d’arrêter un saignement, il permet juste de protéger la plaie et de lui faire bénéficier des vertus antibiotiques du champignon.

Une fois l’hiver passé, le carpophore du champignon se durcit puis dépérit. Pour peu qu’on prenne soin d’en emporter un avec soi, il sera possible de le faire sécher très facilement. Dans cet état, il peut être utilisé comme propagateur de braise, se consumant très lentement. Pour cette propriété, il a pu être utilisé jadis comme système pour transporter une braise entre deux campements.

Lorsqu’il est bien sec, le polypore du bouleau accueille les étincelles de firesteel et peut même générer une flamme. ©François Aubert

Attention, lorsqu’il est vraiment très sec, il produit une flamme bleutée peu visible mais bien présente. Idéal pour allumer un feu au firesteel.

III – Vertus médicinales et études scientifiques

De nombreuses recherches récentes mettent en avant ses vertus antibiotiques, anti-parasitiques et anticancéreuses. La momie retrouvée en 1991 dans les Alpes et nommée Ötzi semblait déjà jouir de ces propriétés. Daté à environ 3500 ans avant Jésus-Christ, cet Hibernatus bien réel portait autour du cou un collier avec un morceau de polypore du bouleau. On suppose, d’après l’analyse du contenu de son estomac, qu’il utilisait le champignon en tant que vermifuge. En 2011, une équipe Ukrainienne a mis en évidence les vertus anticancéreuses d’extraits de Fomitopsis betulina.

Comment en profiter ? La meilleure façon est d’en réaliser une infusion (ou plus exactement, une digestion) en découpant un carpophore encore souple et ferme en petits morceaux que l’on placera dans une eau chaude mais non bouillante. Un léger frémissement est acceptable. On patientera ainsi quelques dizaines de minutes, le temps que le liquide se colore en un brun jaunâtre. L’odeur est clairement fongique, rappelant un potage au champignon ; le goût est amer, on peut y mélanger un peu de miel ou de sirop d’érable.

Un frémissement mais pas plus pour ne pas dénaturer les principes actifs du polypore du bouleau. ©Alban Cambe

Les études pharmacologiques ont apporté des preuves en faveur des vertus antibactériennes, anti-parasitiques, antivirales, anti-inflammatoires, anticancer, neuroprotectives et immunomodulantes de préparations de F. betulina.

Pleszczyńska et al.   » Fomitopsis betulina (formerly Piptoporus betulinus): the Iceman’s polypore fungus with modern biotechnological potential   » 2017

Le polypore du bouleau en vidéo

Attention, cette vidéo a été réalisée alors que le polypore du bouleau était encore affublé de son ancienne dénomination scientifique (Piptoporus betulinus), il faut désormais l’appeler Fomitopsis betulina.

Parmi les ressources naturelles que l’on néglige par méconnaissance, le polypore du bouleau fait office d’exemple parfait. Il est pourtant largement distribué et sera abondant sur les arbres en dépérissement. Facile à identifier sans erreur, il peut venir jouer un rôle intéressant dans la pratique du Bushcraft pour faire face à une modeste coupure, pour entretenir les outils coupants ou rien que pour le plaisir de déguster une tisane de temps en temps en guise de traitement de fond face aux affections hivernales.

Les champignons médicinaux n’ont étrangement pas autant la côte que les plantes médicinales, découvrez mon article à ce sujet !



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